Bien noté

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15/06/2022 

« C’est pour te faire parler ! »

Je me souviens qu’enfant j’entendais parfois cette réplique dans la bouche de mon entourage, je ne sais plus trop à quel propos, sans doute car il était des affaires dont il était bon qu’on ne m’entretînt pas.

Pour paraphraser Montalembert qui écrivit : « Vous avez beau ne pas vous occuper de politique, la politique s’occupe de vous tout de même », je finirais la phrase ainsi : « la politique vous fera bien vous intéresser à elle. »

Et justement, comment prononcer NUPES, la Nouvelle Union populaire écologique et sociale ? Comme des jupes ? un herpès ? des chips ?

« Quand un sigle devient un acronyme, il tend à être prononcé comme un mot ordinaire et, en français, dans les mots terminés par ‑es, le s ne se fait pas entendre », explique, selon RTL.fr, le Service du Dictionnaire de l’ Académie française. Lequel admet l’existence d’exceptions, comme la CAPES, dont on prononce le s sonore – sans doute pour distinguer le sigle des capes (et des épées). Le voisinage de NUPES avec dupes incitera certains à incliner dans ce sens.

La question est d’établir, finalement, si on écrit déjà Nupes ou encore NUPES (avec ou sans points). Comme il n’existe aucun mot français qui se termine au singulier par ‑es, le lecteur peut hésiter à prononcer La Nupes ; de ce point de vue, articuler le s ne convient pas davantage. On pourrait orthographier La Nupès, mais les quelques mots français en ‑ès sont masculins : le palmarès, le faciès et ne se prononcent pas toujours avec le s sonore : succès, procès.

Si l’on avait voulu que chacun prononçât clairement le mot accentué et pour obvier aux chicanes liées au féminin singulier d’une lexicalisation en ‑es, il eût fallu écrire NUPESSE, en ajoutant par exemple à la dénomination initiale solidaire et équitable. Et La Nupesse se lit et se dit avec souplesse.

 

 

02/06/2022 

Cette année, le Concours musical Reine Élisabeth     est consacré au violoncelle. Cette semaine se joue la Finale.

Il se fait que cet instrument est au cœur du roman d’Hélène GESTERN, 555, paru en janvier dernier.

Pourquoi ce titre ? Car il est question d’une sonate de Domenico Scarlatti  , le compositeur italien de musique pour clavecin, de l’époque baroque, qui composa précisément ce nombre de sonates.

Pourquoi parler alors de violoncelle ? Car c’est dans la doublure d’un étui à violoncelle qu’une partition attribuée à ce compositeur est retrouvée.

L’ébéniste chargé de la restauration par son associé, célèbre luthier justement, lui révèle sa découverte et lui confie le précieux cahier. Mais la partition disparaît.

Dès cet instant, je n’ai plus quitté le roman des yeux jusqu’au dénouement. De très belles pages décrivent l’expérience de la musique, l’émotion qu’elle peut susciter, la passion éprouvée et transmise par l’interprète mais aussi l’exigence de la formation, les convoitises, les ressentiments, les sacrifices, les ambitions de ceux qui s’y consacrent, interprètes, compositeurs, facteurs d’instruments, exégètes, éditeurs, collectionneurs, marchands.

 

 

05/05/2022 

Deux planches de mon petit album Imag&notion illustrent la loi de Murphy dans sa célèbre application de la tartine beurrée qui tombe toujours du côté beurré. Edward Murphy, ingénieur et pilote à la Force aérienne des États‑Unis de 1940 à 1952, travailla sur la « sûreté de fonctionnement de systèmes critiques ».

Eh bien, le dernier ouvrage de Bernard WERBER, Mémoires d’une fourmi, y fait allusion dans Arcane XV : Le diable   – non ! pas à mon petit album, mais à la loi de Murphy. À vingt-trois ans, engagé comme pigiste au Nouvel Observateur, l’auteur s’attache à traiter de sujets « un peu originaux » comme celui-là ou comme « le clonage, la rudologie  , l’intelligence artificielle, les voiliers de l’espace à propulsion photonique ».

Dans cet ouvrage, Bernard Werber nous présente, fidèle à son habitude, un texte habilement structuré. Les vingt-deux chapitres de cette biographie atypique, illustré chacun d’un arcane de tarot, rassemblent les grands moments d’une vie, de cinq à soixante ans, les petits secrets d’écriture aussi, les centres d’intérêt et les objectifs du romancier ainsi que les moyens mis en œuvre pour y associer ses lecteurs.

En 1991, à l’âge de trente ans, après la publication de son premier roman, Les Fourmis, il se marie et part en voyage de noces en Inde : une promenade en barque sur le Gange donne lieu à un étrange dialogue avec « le jeune homme qui faisait office de gondolier » (Arcane IV : L’empereur  ).

 

 

08/04/2022 

« Cet ADN suggère que cette créature est plus proche d’un crocodile que de tout ce qui a des plumes et vole. Il n’y a que six pour cent de différence, sur le plan génétique, entre un croco et cet oiseau. »

Michael A. ROTHMAN (traduction Flavien Vuillard), Le Facteur Darwin, chapitre 7, 2022  

Telle est la conclusion de l’analyse d’une plume menée à la demande d’un enquêteur du FBI chargé d’éclaircir un curieux incident. Pris dans un violent orage, un couple naviguant à bord d’un voilier dans le Pacifique n’avait eu d’autre choix que de se réfugier sur une « île* paumée » à proximité. À l’aube, des oiseaux les avaient attaqués avec une violence inouïe, leur arrachant des lambeaux de chair. La femme avait pu alerter les secours, l’homme avait disparu (chapitre 5).

Voici plus de dix ans déjà, je mettais en ligne une « nouvelle interactive », Reflets, dont un des développements avait pour titre Crocodiloptère, menant à deux dénouements impliquant cet étrange animal hybride.

Le moteur de recherche, FreeFind, installé ce mois sur « Cours toujours », recense les quatre pages (outre celle‑ci) où figure ce néologisme de votre serviteur (crocodiloptère).

Cette tête chercheuse a le nez fin : elle se joue des accents (vous l’avez constaté ci-dessus), des cédilles (façon), des trémas (conchoïde), des tildes (señor) voire des ligatures (Œdipe) et des apostrophes (à vau‑l’eau).

 

 

01/03/2022 

Parfois l’on détonne (avec deux n, pour ne point exploser), je veux dire que l’on dénote, que l’on est un peu décalé, que l’on n’est pas de bon ton ; ou alors, on n’est pas dans le ton : on chante faux, comme une casserole – le pamphlet Casseroles & faussets écrit et interprété par Juliette en est une hilarante illustration. Parfois l’on étonne, on époustoufle, on méduse ; et l’on berne ou l’on farce…

Pour la vingt-septième Semaine de la langue française est en fête  , la campagne Dis-moi dix mots   se mène tambour battant, avec pour point d’orgue la Journée internationale de la Francophonie  , le 20 mars.

Aux dix termes retenus (en bleu clair ci-dessous), j’en ajoute dix autres (en bleu foncé), glanés dans le même champ lexical, pour la grille de mots croisés que je propose traditionnellement. Et comme aujourd’hui je suis étrangement bon et particulièrement aimable, je vous offre de surcroît* une version imprimable de cette grille et des définitions en regard, assortie du corrigé.

MEDUSE EBAUBI 
 E I 
CASSEROLE Z
A A P HARDI
LPO R 
EEU T R D
B RS PINCEMOI
ELT N  V
R KAIOUFTI JU
N PU A UL
ESBROUFE MRG
R P L HAPPER A
 EA R R C
SPITANTR H
 T T EMBUCHE
FARCER R

Je mets aussi en ligne le poème que j’ai écrit pour le concours des Poètes de l’amitié : la contrainte était de placer les dix mots dans une composition de moins de vingt vers et que celle-ci commençât par « Mignonne, allons voir si la rose ».

Ajout du 29/03/2022 : Avec pour titre « Vous m’en mettrez dix de plus », nos mots-croisés sont répertoriés cette année sur le site Dis‑moi dix mots.

 

 

15/02/2022 

Le chapitre 35, En train, de mon opuscule Objets connectés, avez-vous une âme ? se fonde (divulgâchons !) sur la téléportation.

Or, le roman de Michel BUSSI, Nouvelle Babel  , s’articule précisément autour de ce thème.

En 2097, la téléportation des êtres humains existe depuis plusieurs décennies, sa pratique est désormais universelle. La mondialisation était une réalité déjà inscrite dans la « Constitution mondiale de 2058 » : « Une seule Terre, un seul peuple, une seule langue ». Survient une affaire étrange : en quelques minutes, le temps d’un aller‑retour quantique de l’unique gardien, les dix seuls résidents d’un îlot* de Polynésie sont assassinés. Alors qu’un système de régulation interdit la téléportation dans un espace privé sans l’autorisation de l’occupant, les premières investigations ne décèlent aucune trace d’intrusion.

Je vous propose de découvrir un bref dialogue (dont il vous faudra remettre en ordre les répliques) entre une institutrice et sa maman qui vient de se téléporter subrepticement chez elle : elles apprendront ensemble le drame par la radio. Je retiens un second dialogue, plus loin dans le récit, entre cette institutrice et un jeune journaliste de talent qu’elle a accompagné en zone interdite.

 

 

19/01/2022 

Voici quelques mois, j’observais que l’ancienne appellation de ce qui se nomme plus couramment « lunettes » figurait encore dans les dictionnaires usuels sous la forme de bésicles ou besicles mais que le mot bériques souvent prononcé par mes grands-parents leur était inconnu.

Eh bien, hier, une question du jeu des Douze coups de midi portait sur le mot « manicle » – la forme « manique » se rencontre également, précisait Zette, la voix hors‑champ de l’émission. Bonne occasion de consulter les dictionnaires :

  • Dans le Dictionnaire de l’ Académie, la recherche du mot manique renvoie explicitement au mot « manicle » ; le Larousse   fait le même renvoi de façon automatique.
  • Le Littré adopte la démarche contraire : manicle renvoie à « manique » ; le dictionnaire Usito   fait pareil, mais automatiquement.
  • Le Trésor de la langue française informatisé     accorde une entrée aux deux variantes, qui pointent vers une page commune.
  • Le Dictionnaire des francophones répertorie également manicle et manique mais ne propose pas les mêmes définitions dans l’un et l’autre cas ; Cordial     propose la même définition mais des listes de synonymes différentes.
  • Le Robert en ligne mentionne manique mais ignore « manicle ».

Le couple -icle/-ique se retrouve dans « bernicle »/« bernique »        , une sorte de coquillage ; cependant, le Littré comme le TLfi ne recensent pas le nom « bernique » mais consignent seulement « bernacle ». Dans son Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du IX e au XV e siècle   (1881), Frédéric GODEFROY enregistre turnicle, « tunicle » et « tenique » : ces formes ont aujourd’hui abouti au seul nom « tunique ». Une alternance voisine se remarque dans la paire de mots baril et barrique.

En conclusion, avant d’affirmer qu’un mot n’existe pas, il vaut mieux consulter plusieurs dictionnaires ou rechercher en profondeur. En revanche, si vous cherchez en vain le nom commun français [ mannique ], par exemple, n’en déduisez pas que, pour avoir trop vite abandonné vos investigations, vous pouvez l’écrire ainsi sans risque d’erreur : utilisez la complétion automatique offerte par certains dictionnaires en ligne ou les suggestions par voisinage alphabétique et vérifiez-en la définition. Ne laissez donc pas en commentaire : « Cet artique est très comicle ! »

 

 

01/01/2022 

Le 22 décembre dernier, l’exécutif belge interdisait tous les « événements de masse » : marchés de Noël, congrès, parcs intérieurs de jeux et piscines récréatives, mais aussi théâtres, cinémas et cirques.

La fin de l’année est certes la période où les spectacles sont très courus, mais n’était-ce pas précisément la crainte de la diffusion du virus qui pesât sur la décision ?

Or la fermeture des activités culturelles par arrêté ministériel leur fit plus de publicité que les canaux traditionnels à pareille époque, éveillant un désir nouveau auprès d’une frange du public autrement blasée. Le spectacle vivant, notamment, au moment où montait la crainte qu’il s’effaçât, se vit plébisciter.

« Et le désir s’accroît quand l’effet se recule. » Pierre CORNEILLE, Polyeucte, Acte I, Scène première  

« Le moyen d’aimer une chose est de se dire qu’on pourrait la perdre. » CHESTERTON  

La fronde menée par le monde du spectacle contre une mesure jugée arbitraire élargit à la société entière la scène où se développe la dialectique du pouvoir et du destin.

Coup de théâtre entre les fêtes : l’issue favorable d’un recours au Conseil d’État redonne au secteur sa liberté surveillée tandis que le gouvernement fédéral corrige sa copie  .

 

 

15/11/2021 

Quel est le point commun entre Pierre Paul Rubens, James Ensor, Victor Horta, Constantin Meunier  , les trésors de la cathédrale de Tournai   et le sarcophage de « Sancta Chrodoara » (Ode d’Amay)     ?

Vous connaissez les premiers, un peu moins les autres…

Tous appartiennent au patrimoine belge, qu’ils soient apparus avant ou après l’indépendance de la Belgique.

En vue du bicentenaire du pays, l’Institut royal du patrimoine artistique-Koninklijk Instituut voor het kunstpatrimonium organise un sondage‑concours dont le gagnant recevra un « ticket éternel ». Le sondage porte sur l’œuvre qui a votre préférence ; le concours, sur la meilleure évaluation du nombre de participants parmi les électeurs de l’œuvre lauréate.

Attention ! Il reste une semaine pour vous prononcer et peut-être remporter le prix.

 

 

26/10/2021 

Le duBus du jour

Gare à la nouvelle vague ! Je parle du Sras‑CoV‑2, bien entendu – même si je pense au cinéma des années soixante  .

Comme le virus s’invite partout, restons attentifs aux gestes barrières  . Lavons-nous les mains, éternuons dans un mouchoir, toussons dans le coude, aérons les locaux, gardons nos distances ou portons le masque.

Évitons non seulement la poignée de mains mais cette nouvelle coutume du « poing contre poing » (fist bump) : un salut de la tête suffit.

Pas sympa tout ça ? Misons sur le regard : c’est par là que nous communiquons aussi et surtout. Regardons-nous dans les yeux, la sincérité est contagieuse.

Pour ce qui me concerne, je me soigne : une troisième dose vaccinale vient de m’être administrée aujourd’hui-même – cette fois : de l’acide ribonucléique messager  .

Ajout du 02/11/2021 : À défaut du salut avec échange de regards, le salut du coude (elbow bump), en vogue à la COP26, fera peut-être fureur demain.

 

 

22/09/2021 

L’invité d’Olivier Schoonejans dans le magazine précédant le 13 heures de RTL-Tvi était Benoît Godart : le porte‑parole de l’Institut pour la sécurité routière (Vias) m’a surpris en parlant de « triqueballe ». Selon lui, la dernière édition du code de la route belge mentionne toujours le terme.

triqueballe

Un triqueballe est un véhicule, généralement tracté, comportant un essieu à deux roues de très grand diamètre, sous lequel les grumes sont suspendues en vue de leur transport, nous apprend le Grand dictionnaire terminologique  . Il n’en circule pas place de Brouckère  . Pourquoi le code de la route lui conserve-t-il quelques alinéas d’un autre âge ?

Révision du Code de la route ou non, je souhaiterais que le sept cent quatorzième* Meyboom  , coupé dans la forêt de Soignes la veille de la Saint‑Laurent, fût emporté sur un triqueballe tiré par deux chevaux avant que les bûûmdroegers ne prissent le relais* pedibus* cum jambis. Chiche ?

Comme la neuvième édition du Dictionnaire de l’ Académie vient de publier en ligne le mot « sérénissime », « triqueballe » ne figure que dans la huitième. Alors, je vous pose cette question :

Le 9 août* 2022, le mot « triqueballe » figurera-t-il, selon vous,
dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’ Académie française ?

Oui   Non  

 

 

10/08/2021 

Enfant, je rapportais parfois à mes parents une phrase prononcée par mes grands-parents paternels chez qui je venais de passer quelques jours :

— Où ai-je encore mis mes bériques ?  

— Je n’ai pas bougé à tes bériques !

Et maman, fâchée, feignait d’ignorer le sens de ce mot, et le mot lui-même, qu’elle ne voulait pas m’entendre prononcer :

— Parle plutôt français, qu’on te comprenne !

À l’école, il m’arrivait d’interroger mon entourage, voire mon professeur de français, mais je me voyais éconduire par des interlocuteurs tantôt hautains ou narquois, tantôt évasifs ou perplexes.

Je savais bien de quoi parlaient mes grands-parents, puisqu’ils s’exclamaient finalement toujours, la mine réjouie :

— Que je suis biesse : les voilà !

— Que tu es biesse : elles sont là !

Eh bien, ce mot bériques figure dans le roman Les ceux de chez nous   (Quand j’étais p’tit, chapitre 1. Mon beau nouveau paletot), une série de récits écrits par Marcel REMY, parus de 1901 à 1906 et publiés sous un seul titre en 1925 par son ami Maurice Kunel. L’auteur évoque ses jeunes années, vers 1870, à la manière de Jules RENARD, avec Poil de carotte (1894)  .

Le texte est récemment sorti en livre électronique et se télécharge gratuitement sur La Toute petite bibliothèque numérique de Belgique  . Bien que chaque passage en wallon (liégeois) soit suivi de sa traduction, un lexique wallon-français est joint à cette édition.

 

 

16/07/2021 

Plusieurs jours durant, des trombes d’eau se sont abattues sans discontinuer sur les terres wallonnes. Une marée inouïe a déferlé dans les vallées, balayant les voitures, le mobilier urbain et de jardin, arrachant des rez-de-chaussée portes et fenêtres, les vidant de leurs fauteuils, tables, buffets, téléviseurs, frigos, charriant sur son passage des troncs d’arbres, soulevant et renversant parfois des murs, voire des habitations entières, sapant des remblais de chemin de fer. Les eaux de la Meuse à Liège submergèrent les ponts et envahirent les rues, le centre de la ville fut évacué. Des habitants incrédules ayant gagné les étages ou le toit se trouvaient soudain isolés. Des animaux égarés, vaches, faons, nageaient en quête de terre ferme. Le courant était si fort qu’il devenait dangereux de se déplacer en barque. La tempête bloqua un moment au sol les hélicoptères. Le gaz et l’électricité furent coupés en maints endroits. Des vies humaines furent hélas emportées par ce déluge.

Ce vendredi, le pays se retrouve dans la stupeur.

Les gens commencent à déblayer, les secours se sont mis en place, on pare au plus pressé, on évalue l’étendue des dégâts. Beaucoup de logements sont dévastés ; dans certaines municipalités, des rues entières. Ni les commerces, ni les ateliers, ni les entrepôts ne sont davantage épagnés. La récolte des champs inondés est compromise. De nombreux volontaires offrent leur aide ; des pays voisins, leur assistance. Nos autorités encadrent les opérations.

Mardi 20 juillet sera un jour de deuil national. Nombre de militaires qui devaient défiler le lendemain resteront à l’œuvre sur les lieux sinistrés.

 

 

29/06/2021 

Les visiteurs assidus de « Cours toujours » l’auront sans doute remarqué : dans la description de La Fleur en papier doré, un clic sur zinnebier ouvre une boîte* modale qui définit le terme et cite un mot voisin par l’étymologie, zinneke, lui-même suivi d’une icône renvoyant au Dictionnaire des francophones. De même le mot ambiancer de la grille Dis-moi dix mots à la folie. De même le verbe pimprelocher à l’honneur à La Louvière-Ville des mots 2008  .

Accessible au grand public depuis mars 2021, ce dictionnaire a pour particularité de représenter la diversité de la langue française et pour intérêt principal de regrouper sous un portail unique diverses ressources : à la fois huit dictionnaires et les contributions d’internautes après validation.

En effet, par son concept participatif, le DDF ressemble au Wiktionnaire, dont il englobe d’ailleurs le corpus des mots français décrits en français, mais en diffère par l’intégration d’autres dictionnaires de langue, comme Le Grand Dictionnaire termino­logique de l'Office québécois de la langue française, Le Dictionnaire des régionalismes de France, la Base de données lexico­graphiques panfran­cophone ou France Terme.

Quand un dictionnaire de langue compte environ soixante mille mots  , le DDF comporte quatre cent mille* entrées  . En une seule requête, vous y trouverez donc sans doute ce que vous ne trouvez pas ailleurs.

Actuellement, la recherche ne comporte pas d’autocomplétion  . Toutefois, si le mot recherché ne figure pas dans la banque de données, une liste de mots proches est proposée.

Ce dictionnaire, précisons-le, est gratuit et sans publicité.

 

 

25/05/2021 

Savez-vous la différence entre vers blancs et vers libres ?

Les vers blancs sont des vers dépourvus de rimes mais obéissant aux règles de mesure des syllabes. Les vers libres sont généralement rimés mais comportent un nombre de syllabes variable  . Les Fables de LA FONTAINE en sont l’exemple illustre.

Eh bien, un jeune bruxellois s’est mis en besogne d’écrire ses Fables de la quarantaine – en vers libres, donc. Les animaux y font place aux microbes, bactéries et virus, comme bien on pense.

Les textes ne sont pas donnés à lire mais sont récités par l’auteur – déclamés plutôt : ni murmure discret ni chuchotement confidentiel mais exclamation allègre et harangue fougueuse. Le style est épique, plus proche de Démosthène que d’Anacréon ; le ton est impétueux, moins horatien que cicéronien. Le débit rapide, parfois précipité, est propre au jeune public auquel il s’adresse sans doute en priorité. Parmi les jongleurs et troubadours de la Toile, voici un nouveau barde, dague au poing, verbe au point.

Un reportage sur la chaîne* télévisée régionale de Bruxelles   est consacré à ce poète en herbe, dont les vidéos sont déposées sur YouTube depuis le début de la pandémie    .

 

 

07/05/2021 

Depuis quelques années, me dis-je souvent, nombre de sites commerciaux envahissent les moteurs de recherche, et je peine à découvrir des sites personnels à caractère informatif, scientifique, artistique ou pédagogique tandis que ceux que je connaissais disparaissent les uns après les autres. Et le phénomène s’accélère !

En effet, des contraintes techniques et législatives sans cesse plus nombreuses dissuadent les initiatives privées ou les engoncent dans un carcan qui les rend toutes pareilles. De prétendues exigences de sécurité ou de despotiques normes liées à l’usage envahissant des appareils mobiles nivellent le profil des sites, lesquels cèdent d’ailleurs le pas aux « applications ». Le fréquent recours à des services professionnels engendre des coûts*, de sorte que la course au profit tend à écarter les autres impératifs.

On parlait de « sites » et de « domaines », on en parlera à raison : la spéculation immobilière semble atteindre en effet la Toile.

Les fournisseurs de noms de domaine ou d’hébergements seraient-ils aussi les vendeurs de certificats de sécurité ? Distribuant les cartes rouges d’un côté, ils vendraient de l’autre la clé pour sortir un client de la liste noire…

Dans pareille hypothèse, la sécurité serait une chimère, rassurant chacun par une façade de dispositions, favorisant par là‑même les manipulations les plus sournoises. Un petit site ferait immédiatement l’objet d’avertissements discriminants, souillant sa réputation, tandis que les États eux‑mêmes peineraient à écarter de la Toile et des réseaux sociaux des sites notoirement pernicieux.

Est-ce un hasard si ce billet figure sur Linkedin et qu’une note sur Twitter y fait allusion ? Ces réseaux sociaux bloquent tout lien vers « Cours toujours » depuis son transfert sur courstoujours.go.yj  en mars dernier. Sous le prétexte que certains sites portant l’infixe go.yj  seraient malveillants, ils en infèrent que tous les sites de cette catégorie le sont. Guère prêts, semble-t-il, à revoir leur verdict entaché de généralisation abusive, ils laissent libre le champ à d’autres d’offrir leurs services moyennant rétribution. Sourde à toute demande de précision, discréditant un site selon des algorithmes automatiques ou la sanction de « partenaires » anonymes, sans offrir une faculté de recours, cette politique serait qualifiée d’arbitraire si elle était pratiquée par toute autre entreprise.

Ajout du 08/07/2021 :

 

 

 

29/04/2021 

Alors, quelle nouvelle ?

Eh bien, celles de Stephen KING dans Si ça saigne, sa dernière parution, chez Albin Michel (2021).

La première des quatre nouvelles a des allures de conte fantastique, une histoire étrange dont le ressort est un téléphone mobile, racontée par un jeune garçon de neuf ans au début de l’histoire. Si certains passages, fort de café, brut de décoffrage, ne sont peut-être pas à conseiller aux jeunes lecteurs, la foi dans la valeur d’une conduite droite est suggérée par le récit, lui conférant à mes yeux une forme de hauteur morale.

La deuxième est un récit assez étrange aussi, qui met en scène la fin de la vie d’un certain Chuck, et celle du monde en même temps, comme si le monde et ceux qui le peuplent appartenaient au seul esprit de chacun. Le récit revient ensuite en arrière dans la vie du personnage. Dans Acte II : Artistes de rue, pour souligner les progrès du groupe musical dont son fils et Chuck font partie, le père prononce la formule selon laquelle ils auraient « effectué un saut quantique vers la sapidité ».

Deux autres nouvelles complètent ce recueil, que vous découvrirez peut-être vous-même, d’où l’étrange et parfois l’humour ne sont pas exclus. Ainsi l’histoire intitulée « Rat » dans laquelle Drew, le personnage central, tente d’écrire loin de chez lui non pas une nouvelle mais un roman, est-elle émaillée de jeux de mots avec le titre, en forme de lapsus : « J’avais tort et tu as bien fait de rester là‑rat. » (31) ou : « En tout rat, à en croire les tests… » (32) ou encore : « un tien valait mieux que deux tu l’au… » (39).

 

 

23/03/2021 

Est-ce une coïncidence ? Maintenant qu’il est établi que le vaccin dont je tairai le nom ici est le moins coûteux* et qu’il n’est pas établi que ses effets secondaires soient absolument anodins, une invitation à le recevoir m’est parvenue par courriel dimanche dernier : il suffisait de s’inscrire en ligne sur le portail idoine, lequel propose un calendrier où choisir le jour et l’heure.

Pourquoi tarder ? La piqûre* m’a été administrée hier matin. Le centre m’a ramené cinquante ans en arrière, me rappelant les images des séances de vaccination pendant mon service militaire. Une atmosphère sympathique, fraternelle, groupant une population de la même génération, dans une commune condition, dissipant tout souci de distinction.

Une quarantaine (le mot m’a échappé) de chaises à coquille lavable posées en lignes et en colonnes, comme dans les mots croisés, à distance réglementaire*, accueillaient les néovaccinés mis en observation trente minutes, sous les assauts d’un vent de mars balayant vaillamment la salle, les hautes portes laissées expressément grandes ouvertes.

Eh bien, contrairement au combat naval, je n’ai vu sombrer personne et chacun quittait les lieux sur ses deux jambes.

Au retour, je n’ai ressenti aucun effet désagréable, ni fièvre, ni courbatures, ni mal de tête. J’ai dormi selon mon habitude et, ce matin, j’écris ces quelques lignes, avec le sentiment d’avoir été choyé.

Ajout du 06/04/2021 : Deux semaines après la prise du vaccin, rien à signaler. Je serai donc en état de recevoir la seconde dose en juin.

 

 

10/03/2021 

Dixmots

« Atmosphère ! Atmosphère ! » C’est bien d’atmosphère que traite la campagne « Dis-moi dix mots » cette année, sous l’intitulé : « Dis‑moi dix mots qui ne manquent pas d’air ».

Aux dix termes retenus (en bleu clair ci-dessous), j’en ajoute dix autres (en bleu foncé), glanés dans le même champ lexical, pour la grille de mots croisés que je propose traditionnellement lors de la semaine de la langue en fête.

 FRAGRANCE 
P H B E
A VENTILATEUR L
S   M  L F
CEBALLURE
ATMOSPHERE E  
L  L  E RG
 VIS A S O
AEOAILE UN
PNMI A FF
O HUMER RFL
RF I  CYCLONE
DECOLLER N C R
 U E R XA 
XH  N
 INSUFFLERT

Le 20 mars, les francophones du monde entier sont à la fête, celle de la langue qui leur est chère, celle de la langue qui leur est douce, la langue qu’ils parlent et qui leur parle.

 

 

15/02/2021 

 

Le mot confinement hante tous les esprits (francophones) tant la chose s’est imposée (dans le monde) comme premier (et ultime ?) recours contre la pandémie qui sévit sans faiblir sur la gent humaine.

Le mot a été mis à toutes les sauces et la manière de le qualifier, selon Bruno Dewaele, précise le profil du locuteur, comme l’indique le titre de son billet : « Dis‑moi ton adjectif, je te dirai qui tu es ! »   Le chroniqueur recense une trentaine de caractérisants…

De son côté, Alain Zenner publie « Le Dictionnaire ludique & érudit du Confinement »    . L’ouvrage est une compilation astucieuse et documentée de tout ce qui s’est dit, et s’est dit sur ce qui s’est fait et ne s’est plus fait, durant ces étranges mois. Dans un siècle ou deux, sera‑t‑il encore de notoriété que quelques milliards d’individus, et vous et moi, avons vécu plus d’une année comme des ours en cage pour rester en vie ? Ce volume en témoignera avec ironie et pertinence.

 

 

23/01/2021 

Depuis quelques semaines, l’on entend beaucoup parler des « variants » du Sras‑CoV‑2  . Et c’est l’occasion d’ouvrir nos dictionnaires : quel est le genre de ce nom ? Faut-il dire variante ou variant ?

En biologie, l’adjectif qualificatif « variant » s’emploie, semble-t-il, en temps que substantif masculin. Le Grand dictionnaire terminologique en donne cette définition : Individu ou organisme possédant des caractères non héréditaires qui diffèrent de ceux de la majorité de la population à laquelle il appartient. Le Trésor de la langue française informatisé avance une définition voisine, précisant la date d’apparition de ce mot dans la langue en tant que nom masculin : 1933. Le Wikitionnaire relève deux citations récentes. Curieusement, Le Robert en ligne accorde une entrée au mot « variant » comme nom masculin (et comme adjectif lorsqu’il mentionne le dictionnaire de Furetière) mais n’en apporte aucun exemple d’usage parmi les nombreuses citations où le mot est participe présent ou gérondif.

La huitième édition du Dictionnaire de l’ Académie française ignore cet emploi spécifique, la neuvième venant de publier l’article « sérénade » laisse donc la question en suspens.

Sur son site À la fortune du mot, Bruno Dewaele avalise de fait le nom « variant » dans un article portant par ailleurs sur une nouvelle anglomanie en matière de prononciation.

En outre, le nom « invariant » s’emploie notamment en mathématique, en physique et en linguistique. Voyez les articles de Littré et du Tlfi. Ignoré de la huitième édition du Dictionnaire de l’ Académie française, le mot est reconnu comme nom dans l’article de la neuvième.

Pour en revenir à la forme positive mais dans un sens plus étendu, on utilise le nom féminin « variante »      .

 

 

01/01/2021 

Un nouveau dialogue panaché vous est proposé sur le thème de l’espace négatif  . En opposition au premier plan, l’espace négatif est l’envers du décor, l’image qui percole au-delà des apparences, le message subliminal  . La « psychologie de la forme »   a étudié le phénomène dès le début du XXe siècle.

Ce concept est évoqué par Irène FRAIN dans son dernier roman, Un crime sans importance, paru aux éditions du Seuil et couronné du prix Interallié.

Ni la police ni la justice ne se décidant à enquêter sur la mort de sa sœur Denise, et persuadée qu’il s’agit d’un meurtre, l’auteur entreprend de mettre sur papier les faits qu’elle tente de reconstituer au fil des recherches qu’elle mène avec l’aide de son mari et d’une amie journaliste. Et, à propos des indices que la police ne semble pas avoir relevés, elle cite Edgar POE dans le chapitre 51 : « Le crime est un langage, nous dit Poe, son message s’étale sous nos yeux mais notre perception est brouillée. À nous de l’éduquer, à nous de l’affûter. » Elle l’évoque encore au chapitre 62 : « (…) nous revenaient quantité d’autres détails, dispersés à la surface de la ville comme les signes éparpillés sur la scène de crime décrite par Edgar Poe dans Double assassinat dans la rue Morgue. »

Partie à la recherche de « l’envers de nos vies », de « Tout ce qu’au quotidien, nous voyons sans voir », ce qu’elle devine et qu’elle apprend, elle n’a pas les moyens de l’établir, et ceux qui en avaient les moyens n’en ont pas fait une urgence.

L’écriture de ce roman touchant est ciselée, l’exposé de l’affaire est habile et mené avec délicatesse et talent.

Aujourd’hui, deux ans après les faits, le dossier judiciaire reste vide et entier le chagrin de celle qui a par ce livre rendu hommage à la victime, sa sœur.

 
 
 Bériques, nom féminin pluriel

Mot de l’ancien français : berique(s)
(Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du IX e au XV e siècle   (1881), par Frédéric GODEFROY)
– variantes : bericle, bezique    

et mot wallon liégeois :  
le Dictionnaire wallon-liégeois (1853), de Joseph HUBERT, mentionne : Berik ;
et le Dictionnaire liégeois (1990), de Jean HAUST, transcrit : bèrikes.

L’Encyclopédie Universalis indique :
« Le mot béryl vient du nom grec βἡρυλλος (bêrullos),
qui dérive probablement du sanscrit vaidurya signifiant “cristal”. Il donna le mot latin beryllus, puis, au Moyen Âge, le terme allemand Brille (“lunettes”) et les mots français “bérique”, puis “besicles”. »  
 Le duBus du jour