Tout le monde peut se tromper

 
 

— Ces dernières semaines, vous avez eu l’occasion de lire le roman de Bruce LOWERY, La cicatrice, et ce matin, nous avons discuté des personnages et de leur cadre de vie.

— C’est une belle histoire, monsieur, mais triste !

— Oui, oui. Maintenant, il est temps de copier le questionnaire de l’interrogation, moi au tableau et vous au cahier.

Joignant le geste à la parole, j’écris rapidement quelques lignes, jusqu’à cette question :

« Quelle est la marotte de la maman du jeune Jeff ? »

— Qu’est-ce qu’une marotte, monsieur ?

— Une marotte, c’est un hobby, un violon d’Ingres, une occupation… disons : un passe-temps*. Si vous préférez, effaçons marotte et notons passe-temps* : voilà. D’autres remarques vous viennent à l’esprit ? n’hésitez pas à me les adresser ! me prends-je à ajouter non sans quelque hypocrisie car la fatigue m’a gagné.

Dans un silence inaccoutumé, j’applique un point d’interrogation à la dernière question :

— Voilà les huit questions auxquelles je vous propose de répondre sur feuille d’interrogation. Bon courage !

On feuillette* les pages du roman : ça roule. J’entame un circuit entre les bancs, j’opère un demi-tour devant le mur du fond et, à la vue du tableau, je m’alarme :

— J’en appelle à toute votre indulgence ! J’ai laissé au tableau une énormité orthographique qu’il va nous falloir absolument corriger !

Et je réduis l’adjectif interrogatif à sa forme masculine : Quel. « Rectifiez aussi votre copie, ce sera mieux. » L’erreur a disparu mais ma confusion s’épanouit : je dois ĂȘtre cramoisi.

— Oh ! monsieur, ça arrive à tout le monde de se tromper ! On vous aime bien.

M. BACKELJAU