Du mauvais usage de la rime

 
 

— Bonjour à toutes et à tous !

On entend mezza voce : « Azouz ».

— Asseyez-vous.

Et l’écho chuchote : « Jean-Loup ».

— J’ai examiné vos rédactions…

Et l’écho soupire : « Léon ».

— Ma réaction est très positive…

L’écho ricane : « Godelieve ».

— Beaucoup d’entre vous ont remis un texte de qualité

L’écho ironise : « André ».

— Mais c’est d’abord du travail de K. que je voudrais faire état…

L’écho déplore : « Nicolas ».

— Puisqu’il ne m’a rien remis…

L’écho s’attriste : « Denis ».

— Pas même une feuille blanche !

Et l’écho lâche : « Blanche ».

— Alors là, je dis non : un mot ne peut rimer avec lui-même, K., vous perdez donc au jeu auquel vous avez prétendu vous adonner, n’est-ce pas déplorable ?

— Ne parlez pas d’autre chose : j’ai remis ma copie hier quand on les a ramassées !

Et moi de soupirer : « Renée ».

— Je ne sais pas ce que H. a pu en faire !

Je siffle : « Claire ».

— Je sais bien que vous essayez de me coincer par tous les moyens !

Je compatis : « Damien ».

La classe commence à rire, K. à regretter la stratégie qu’il a lui-même initiée.

— Je sais bien que vous ne m’aimez pas ! Vous avez quelque chose contre moi !

Je démens : « Thomas ».

— Et puis zut à la fin, vous savez que je suis nul en composition !

Je module : « Cicéron ».

— Vous voulez que je vous dise ? Je ne l’ai pas remise, cette feuille : je‑ne‑l’ai‑pas‑re‑mise !

Je m’étonne : « Denise ».

— D’ailleurs, ce jeu, c’est complètement débile !

Je tranche : « Odile ! »

M. BACKELJAU

 
 
 En 2001, deux de mes élèves de troisième gagnèrent le premier concours de nouvelles « Autour d’Ishango » organisé par la Région de Bruxelles et, avec huit autres jeunes plumes, virent leur texte publié par Luc Pire sous la forme d’un Cyberlivre. Voici le lien pour télécharger ce Cyberlivre 2001.